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L’existence des sociétés de poids international modeste n’est certes pas niée, mais il est rare qu’elles constituent le prisme par lequel se pensent les enjeux de l’agir humain face aux recompositions identitaires, aux incertitudes croissantes et au processus de standardisation et d’individualisation, tous ces phénomènes propres au monde en voie de globalisation. Bref, elles interpellent encore peu la réflexion des chercheurs en sciences sociales. Constituant pour l’instant une attitude intellectuelle plus qu’un concept fort, le questionnement sociologique par le truchement des petites sociétés reste à travailler et développer.
L’idée de ce colloque a été mise de l’avant lors du XVIIe Congrès de l’AISLF à Tours (juillet 2004, France). Partant de la double caractéristique de la fragilité et du désir de construire sa propre histoire qui distingue une société dite petite, nous voulons poursuivre la discussion et les analyses tant sur le concept que sur la réalité des petites sociétés. La mondialisation en cours étant le cadre de référence général, c’est l’intégration régionale qui constituera l’axe transversal du débat pour au moins deux raisons principales. D’une part, la globalisation triomphante est accompagnée d’une prolifération d’unions (Union Européenne), d’alliances (ALENA, OTAN), de formes associatives (Altermondialisation, Forum de Porto Alegre) de toute sorte et à toute échelle à travers lesquelles les sociétés contemporaines essaient à la fois de suivre les processus en cours et d’y faire face. D’autre part, c’est dans le temps et dans l’espace bien réels que les phénomènes de globalisation économique, politique et culturelle se concrétisent et prennent forme. Non hégémoniques, à la fois lieux d’historicité et espaces vulnérables à des pressions différentes, les petites sociétés représentent tant des réalités diversifiées que des interrogations communes sur la façon de vivre-en-société-monde. En organisant ce colloque nous voulons nous donner un espace de réflexion collective autour des trois groupes de questions suivants.
Par quels processus d’intégration les petites sociétés construisent-elles leur identité à l’heure de la mondialisation? Dans la situation actuelle de judiciarisation généralisée des rapports sociaux et d’uniformisation législative, par quels moyens ces sociétés font-elles leur propre histoire dans des contextes sociaux spécifiques? Comment surmonter la tension entre les valeurs universelles dont le respect est de plus en plus confié à des instances supra-nationales et la particularité des normes, coutumes et moeurs qui, étant un produit d’une société donnée, continuent à fonder sa cohésion? Comment conjuguer les mouvements de la société civile de plus en plus mondialisés avec le renforcement des structures étatiques des sociétés nationales?
Comment penser l’intégration interne dans les petites sociétés? Comment, étant aux prises avec la soi-disant «culture mondiale», les petites sociétés peuvent-elles s’épanouir sur le plan culturel et quels vecteurs cet épanouissement devrait-il emprunter? Que représente la diversité culturelle dans cette quête d’épanouissement : un refuge, une occasion, un aboutissement…? Quel est l’enjeu de l’immigration et des flux migratoires dans un contexte de société peu habituée à la présence de l’immigrant? Quelles formes de sociabilité les diasporas véhiculent-elles et quelle dynamique de mobilité apportent-elles aux petites sociétés? Quels sont les enjeux d’inclusion et d’exclusion dans les pratiques de structuration de l’espace et du temps?
Quelles sont les stratégies de développement mises en oeuvre par les petites sociétés pour se faire reconnaître et respecter sur la scène internationale? Sont-elles capables d’inventer et de mettre en place des configurations de développement social et économique originales ou innovantes? Existe-t-il des caractéristiques communes entre les formes de résistance, de survivance ou de sauvetage observées dans différents secteurs des petites sociétés et quels sont leurs effets tant positifs que négatifs?